Il est une drogue dont je ne peux pas me passer, c'est celle du bruit de ma ville.

La liberté qui m'est donnée cette année m'autorise à poser mon cartable n'importe où, et c'est souvent dans un café, le plus fréquemment tout près de ses baies vitrées, que j'aime m'installer. Là, mon travail avance au rythme de cette vie qui trépigne sous mes yeux, qui me donne la sensation d'être au coeur de l'existence alors que je ne ressasse qu'idées et concepts, bien assise sur ma chaise.

   Si c'est un fauteuil ou une banquette qui m'accueille, c'est encore mieux et les vers de Rimbaud sont entrecoupés de rêveries sans parole, à regarder le flot des gens passer. Je ne prends pas le temps cette année, comme je le fais pourtant d'habitude, d'inventer une vie à ces inconnus que mon regard croise. La tentation est néanmoins grande. Mais, consciencieuse, je rebaisse le nez, rassurée par l'incessant murmure que je perçois de l'autre côté de la vitre. Parfois, celui-ci se fait grondement, hurlement et je lève la tête. Les phrases que je lis s'animent de ces sons, ainsi

HPIM1049que des airs diffusés pour créer une ambiance feutrée.

   Suivant l'heure du jour, on ne choisit pas son café de la même manière, lumineux pour le matin, tamisé pour les soirées d'hiver, sombre pour l'intimité, vivant et bruyant lorsque le moral est un peu en berne. Il raconte son histoire, offre une place dans son antre et s'en imprégner devient la source d'un doux plaisir qui rend presque supportable la solitude de l'agrégatif.

 Certes, ce ne sont qu'inconnus, mais ils m'ont donné un peu de leur énergie, et je me mets à l'unisson du pouls de la ville pour replonger, un peu plus loin, dans les oeuvres, Montaigne, Racine, Rimbaud, Robbe-Grillet, Racine, Montaigne, Robbe-Grillet, Rimbaud, Montaigne, robbe-grillet, Rimbaud, Racine, etc...