Une nouvelle proposition très intéressante de Leiloona de Bric à Book : s'inspirer d'une photo magnifique pour faire naître une tranche d'écriture à partager.

   Je suis bien volontiers ce nouveau rendez-vous hebdomadaire et participe modestement de ma frêle plume. Ne sachant pas si je peux reproduire la photo qui nous a servi de source d'inspiration, je vous renvoie au site de Leiloona pour y jeter un coup d'oeil avant de lire ces quelques lignes.

22h20.

Elle y avait pourtant cru…

La rue lui renvoyait ses illusions en plein visage. Lumières trop crues, comme autant de ricanements, passants insouciants, levant sans doute sur elle un regard goguenard… tout autour d’elle résonnait de moquerie. Comment avait-elle pu être aussi stupide ?

La nuit n’avait pas apaisé son anxiété, au contraire. L’obscurité signait définitivement la fin de l’espoir.

Au loin, un halo de vie. Bientôt un homme s’approche. C’est lui ! De peur de se tromper, elle ne laisse rien transparaître de son agitation. Son sac se balance doucement, négligemment, au bout de son bras. Soudain ses traits se figent. Elle y avait pourtant cru…

 

   Le regard se brouille, les yeux se vident, seul le corps est encore présent, trop alourdi du balancement de ce sac qui devait signer sa libération.

 


Elle le sait. Il ne viendra pas. Là-bas, plus loin, il finit de dîner en famille et va se servir un digestif. Il attendra sa femme pour le boire, dehors, dans la brise fraîche.

Il ne l’enlèvera pas à son quotidien trop pesant.  Demain matin, une fois de plus, comme tous les jours, elle prendra son sac, y placera ce nécessaire de toilette qu’elle avait pourtant cru jeter définitivement. Il y pèse maintenant par son absence, chaîne trop lourde qui la retient à la rue, à ces clients habitués, parfois pressés, parfois gentils, mais jamais assez impliqués pour s’apercevoir qu’elle attend celui qui lui offrira l’amour en guise de liberté.

   Il avait pourtant juré qu’il viendrait, qu’ils partiraient, qu’il l’aimerait…ce n’était pas le premier à faire des promesses, mais cette fois-ci, même si elle savait qu’elle n’aurait pas dû, elle y avait pourtant cru…

Elle a pris sa décision. Demain, le jour ne se lèvera pas. Elle y avait pourtant cru...