C'est Papa Noël qui m'a apporté ce livre. J'avais bien entendu parler de la nouvelle Prix Nobel, mais je n'avais pas encore croisé la route de ses oeuvres. C'est chose faite, et la rencontre fut chaotique.

En quelques mots9782864247425
Roumanie, avant la chute de Ceaucescu, avant la chute du rideau de fer, - enfin on dirait, c'est assez reconnaissable, mais le lieu n'est pas précisé, ni l'époque. La vie est rythmée par la délation, les dénonciations, les restrictions. C'est dans ces circonstances que l'héroïne et narratrice qui travaille dans un atelier de confection de vêtements envoyés vers l'Ouest glisse de petits papiers dans la doublure des costumes, dans l'espoir qu'un Italien tombe sur ses coordonnées et lui permette de s'enfuir de son pays en l'épousant.
   Bien evidemment, le chef d'atelier n'hésite pas une seconde à la dénoncer, et même à rajouter de fausses informations qui aggravent le cas de la jeune femme.

   Depuis, elle est régulièrement convoquée au bureau de la Securitate, traîtresse à la patrie qu'elle est. L'histoire évoque un trajet en tramway qui la mène à une de ces convocations. Rituel, angoisse, être à l'heure, supporter l'humiliation baveuse du chef de la sécurité. S'accrocher tant bien que mal à la réalité, à ce qui en reste.

   Alternent alors récit du trajet, trivial, banal, et réminiscences. L'enfance, le premier mari, l'alcoolisme de son compagnon, Lilly son amie qui aime les hommes d'âge mûr mais qui n'aura pas le temps de vieillir, la rencontre avec son compagnon, les petits papiers vers l'Ouest, les accidents qui pourraient ne pas en être, la surveillance des voisins, l'oppression, l'anxiété à l'approche de l'heure de convocation, -était-ce bien à cette heure-là ? il faut être en avance... Torture mentale sournoise qui mène peu à peu à la folie, peut-être... S'accrocher à chaque détail dans le tramway pour ne pas perdre la raison : le petit garçon et son papa, le chauffeur qui s'arrête quand il veut, les grains de sel de son bretzel, la vieille dame... dernière tentative pour ne pas sombrer.

Et alors ?

    La sobriété et la simplicité du langage sont autant de moyens pour contrer la folie, mais la spirale est en marche.Comment ne pas sombrer dans la paranoïa orchestrée par un système si bien rôdé, si efficace pour broyer les êtres ?

   C'est un récit fort, prenant, aussi oppressant que la dictature dont l'esprit de la narratrice tente de s'échapper. Néanmoins, je n'ai pas été sensible à la fin du livre qui pourtant porte en elle toute l'absurdité et l'horreur du système de contrôle des esprits qui caractérise les dictatures. On sent dans l'écriture tout le poids de l'expérience.

  Un avis très intéressant sur le blog de Véronique D.

La Convocation ( Heute wär Ich mir lieber nicht begegnet), Herta Müller, traduit de l'allemand par Claire de Oliveira, editions Métailié 2001.